Publié le 30-05-2026 à 16:03:38 Actu Politique
L'élite : définition et rôle théorique au sein de la société
Au sein d'un groupe ou d'une communauté, l'élite désigne l'ensemble des individus considérés comme les meilleurs, les plus dignes et les plus remarquables en raison de leurs qualités. Ces élites se déclinent en différentes catégories : politiques, économiques, académiques, militaires, bureaucratiques ou encore traditionnelles. Lélite politique, par exemple, se compose dhommes et de femmes qui occupent des fonctions stratégiques au sein des institutions et qui sont investis du pouvoir de prendre des décisions cruciales pour le bien-être collectif.
Le paradoxe africain : l'abondance des diplômés face à la faillite systémique
Une question fondamentale simpose : cette élite existe-t-elle encore en Afrique ? À l'accession de la plupart des pays africains à l'indépendance, le continent ne comptait qu'un nombre restreint de diplômés universitaires. Aujourd'hui, bien que l'Afrique regorge d'intellectuels, l'état de défaillance systémique dans lequel elle se trouve, en dépit de ses immenses richesses naturelles, suscite l'incompréhension générale. Le continent s'apparente à un immense trou noir, au sein de la gouvernance mondiale. Il est pourtant établi que le développement dune nation ne dépend pas seulement des ressources naturelles dont elle regorge, mais bien de la qualité de ses élites. Dès lors, comment justifier quun continent aussi riche, doté d'une masse critique d'universitaires, stagne dans une précarité indescriptible ? Le monde assiste avec émotion au drame des jeunes migrants africains qui bravent la mort vers lEurope, en quête de meilleures conditions de vie. En Afrique, la dynamique migratoire est alarmante : les jeunes ruraux désertent les campagnes pour les centres urbains à la recherche dun emploi, tandis que les citadins naspirent quà s'exiler vers lEurope ou lAmérique. Pourtant, l'emploi, les soins de santé, la sécurité alimentaire, etc. pourraient être bâtis sur place si les élites prenaient conscience que le développement est, avant tout, une construction humaine.
La trahison de l'intelligentsia et la dérive prédatrice
Un leadership intellectuel corrompu est à la racine de la destruction du continent. Il nest pas rare dentendre, en République Démocratique du Congo, des citoyens non scolarisés affirmer : « le pays est détruit par les professeurs duniversité ». Lanalyse du comportement de lélite politique africaine donne trop souvent limpression de faire face à des mercenaires ou à des sous-traitants opérant en zone de prédation. Une partie de lélite intellectuelle sest muée en dépositaire des maux qui rongent le continent : conflits, corruption, tribalisme et replis identitaires sous couvert de faux nationalisme. Vénales et avides dargent facile, ces élites ont trahi l'Afrique, se rendant coupables ou complices de son chao actuel. Après plus de soixante ans dindépendance, il convient dinterroger objectivement le rôle joué par lintelligentsia africaine dans la promotion du développement socioéconomique. Le continent s'engouffre dans une culture du faux et souffre d'un déficit flagrant dintelligence opérationnelle.
Le poids de l'histoire : de la chosification coloniale à la dépendance.
L'Afrique est devenue, aux yeux du monde, le théâtre de la mendicité, de la médiocrité, de la guerre et de la résignation intellectuelle. Certes, la traite négrière et la colonisation ont exercé un impact dévastateur sur lexploitation du continent. Cette stratégie de déshumanisation a permis aux puissances coloniales de saccaparer les ressources de lAfrique en ancrant un complexe dinfériorité dans lesprit des colonisés.
Lurgence d'une révolution de l'intelligence pour une souveraineté retrouvée
Cependant, sans une organisation rigoureuse de son intelligence, lAfrique restera un continent pauvre, manipulé et lourdement endetté. Si les facteurs externes ont incontestablement freiné son essor, il est tout aussi vrai que le comportement des élites postcoloniales na pas été de nature à impulser le progrès.
Elles ont favorisé les injustices, la corruption, la télé-gouvernance, e tribalisme et le pouvoir pour le pouvoir. Aujourdhui encore, un véritable troc des ressources naturelles s'opère au détriment des États africains. Des conflits armés sont orchestrés çà et là, souvent avec la complicité interne des élites, pour anéantir toute velléité de réflexion et de travail productif. Léducation, moteur de tout développement, se trouve profondément désarticulée. La débâcle scolaire et universitaire, la chosification des femmes par les violences et la pauvreté, le chômage de masse des jeunes, linsalubrité urbaine et laccaparement des richesses par des prédateurs de tout bord constituent autant de signaux alarmants. Si les pères des indépendances ont joué un rôle historique primordial dans la lutte pour la souveraineté, les élites qui leur ont succédé ont adopté des attitudes irresponsables, privilégiant leurs intérêts égoïstes au détriment de lintérêt général. Il en résulte que le développement socioéconomique et la souveraineté réelle de lAfrique se trouvent largement compromis, et ce, pour de longues années encore.
Pr Jean de Dieu MINENGU, Rédacteur en Chef de la Revue Africaine dEnvironnement et dAgriculture
Lu par: 1199 Personnes
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